Egos 2 : Roselyne Bachelot fait du partage des compétences son
violon d´Ingres
C.L.B et G.D.L
La deuxième phase des
Etats généraux de l´organisation de la santé (Egos), qui se clôturait
mercredi, aura sans doute laissé sur leur faim nombre de représentants des
professions paramédicales, des dentistes, pharmaciens et des médecins
spécialistes de premier recours, qui attendaient plus de concret. Au terme de
quatre mois de dialogue et de concertation autour de l´organisation des soins
de premier recours, la ministre de la Santé s´en est tenue, dans son discours
final, à la promotion du « partage de compétences », devenu un thème de
prédilection.
« Chacun souhaiterait pouvoir se concentrer davantage sur
son cœur de métier. Les médecins, par exemple, doivent pouvoir s´affranchir
davantage des tâches administratives », a expliqué Roselyne Bachelot,
imperturbable sous la bronca d´un groupe d´infirmiers libéraux venus
protester et sonner de la trompe avant d´être évacués. « Les infirmiers
effectuent un trop grand nombre d´actes qui occupent leur temps sans
solliciter leurs compétences propres, tels que le nursing, quand dans le même
temps, les médecins sont débordés par des actes de suivi qui pourraient être
assurés par d´autres », ajoutait-elle. Le partage des compétences, terme plus
consensuel que la délégation de tâches, devra trouver « la place qu´il mérite
» dans la future loi sur la réforme de l´organisation de la santé annoncée
pour l´automne.
Différentes pistes sont avancées : le partage du travail est
d´abord envisagé dans le cadre des maisons de santé pluridisciplinaires, qui
permettront l´ « émergence de formes inédites d´exercice regroupé », où
diverses modalités de rémunération pourront être expérimentées. «Il n´est
évidemment pas question de soviétiser le système », devait préciser Annie
Podeur, la directrice de la direction de l´hospitalisation et de l´offre de
soins (Dhos), en rappelant qu´actuellement, ce type de structure, comme le
regroupement de professionnels de santé en « pôles de santé », que le
gouvernement veut aussi encourager, est essentiellement d´essence libérale.
Pour la ministre qui a appelé à un changement de paradigme,
il faut aller encore plus loin et « mettre un terme aux habitudes liées à
l´hospitalo-centrisme ». Quand un patient sort de l´hôpital, infirmières et
pharmaciens doivent être partie prenante et pouvoir se préparer à participer
étroitement à son suivi, a-t-elle fait valoir, appelant de ses vœux la mise
en place d´un « interlocuteur de sortie » pour les patients et les
professionnels libéraux. De même les pharmaciens pourraient-ils être mis à
contribution pour « apporter leur conseil » au projet thérapeutique des
patients admis en établissements pour personnes âgées dépendantes, ou dans le
cadre de l´éducation thérapeutique ou d´une politique de prévention.
Un « changement de paradigme » qui implique une
réorganisation en amont, au niveau de la formation initiale des
professionnels et de leur formation continue ensuite. La ministre envisage
pour certains actes techniques et dans des cas très spécifiques, une «
évolution des modes de collaboration » des médecins et chirurgiens avec
d´autres professionnels de santé. La gynécologie-obstétrique,
l´ophtalmologie, l´anesthésie, la chirurgie ou l´odontologie seraient
concernés.
La Fédération nationale des infirmiers (FNI),
particulièrement en colère, a dénoncé une consultation « discriminatoire » à
plusieurs titres : « le choix autoritaire d´un clivage hiérarchique,
réunissant d´abord les médecins et ensuite les autres acteurs de santé de
proximité (est) en totale déconnection avec les relations de collaboration
interprofessionnelle que nous vivons au quotidien »,mais aussi « la
restitution des Egos 2 intégrant des conclusions qui n´ont pas été discutées
dans les groupes, permettant à nouveau le passage en force d´une vision de la
formation et des évolutions juridiques de la profession déconnectées des
réalités de terrain, sans cohérence avec les évolutions européennes » et « la
position à peine dissimulée d´une approche profondément moyenâgeuse vis-à-vis
d´une profession en grande majorité féminine, renvoyée par les principaux
initiateurs de ces Egos à une condition de travailleuses manuelles dévouées
».
Même son de cloche à l´Onsil (Organisation nationale des
syndicats d´infirmiers libéraux) qui fustige une « mascarade », en rappelant
que la profession d´infirmière est la seule à ne pas avoir été auditionnée en
tant que telle. Les infirmiers libéraux déplorent le « clivage inacceptable
médecins/autres professions de santé » et estiment que les enjeux de ces
Etats généraux étaient en fait de promouvoir le salariat des infirmiers
libéraux, le rôle de coordination des soins étant dévolu « au seul médecin
généraliste, y compris pour les retours d´hospitalisation ».
La satisfaction l´a emporté en revanche chez les dentistes
représentés par l´Union des jeunes chirurgiens dentistes (Ucjd). Sur les
questions de la formation initiale et continue (principe d´inter
professionnalité), de l´organisation de la coopération et de la coordination
(possibilité d´évolution de carrière) et sur les propositions en matière
d´organisation territoriale, les conclusions dégagées par les Egos 2 leur
sont parues prometteuses et séduisantes. Le Syndicat national des pédiatres
français, qui s´est félicité de la « reconnaissance implicite de la place
incontournable » des pédiatres dans l´offre de soins de premier recours a
appelé les négociateurs à prendre d´urgence des mesures pour revaloriser la
profession. Le Snpf a également demandé que la démographie des pédiatres soit
relevée « à la hauteur des missions qui leur incombent ».
Trackbacks
Pour faire un trackback sur ce billet : http://filessonne.zeblog.com/trackback.php?e_id=311414